De Chicago à Fourmies

De Chicago à Fourmies

Le premier mai 1891, à Fourmies, le beau temps est au rendez-vous en ce premier jour du « mois de Marie », un vendredi. Sur les haies du bocage, l’aubépine veut fleurir. Les amoureux ont cueilli des rameaux de frêle blancheur pour les fiancées. Quoi qu’il arrive, les jeunes seront les héros de la fête.

La scène du théâtre est prête: une esplanade rehaussée où la mairie, l’église et des estaminets invitent aux allées et venues, au rassemblement et aux harangues.

A 9 heures, après une échauffourée avec les gendarmes à cheval, quatre manifestants sont arrêtés. Des renforts sont demandés à la sous-préfecture qui envoie en renfort deux compagnies du 145e de ligne casernée à Maubeuge. Le 84e RI d’Avesnes est déjà sur place.

Dès lors le premier slogan :  » c’est les huit heures qu’il nous faut  » est suivi par  » c’est nos frères qu’il nous faut « .

18h15 : 150 à 200 manifestants arrivent sur la place et font face aux 300 soldats équipés du nouveau fusil Lebel qui contient de 9 balles (une dans le canon et huit en magasin) de calibre 8 mm. Ces balles peuvent, quand la distance n’excède pas 100 mètres, traverser trois corps humains sans perdre d’efficacité. Les cailloux volent ; la foule pousse. Pour se libérer, le commandant Chapus fait tirer en l’air. Rien ne change. Il crie :  » baïonnette !.. en avant !  » Collés contre la foule, les trente soldats, pour exécuter l’ordre, doivent faire un pas en arrière. Ce geste est pris par les jeunes manifestants pour une première victoire. Kléber Giloteaux, leur porte drapeau s’avance.

Il est presque 18h25….le commandant Chapus s’écrie :  » feu ! feu ! feu rapide ! visez le porte-drapeau ! « 

Neufs morts, trente cinq blessés (au moins) en quarante cinq secondes.
C’était à Fourmies le premier mai 1891.

imagepage18

  • Maria Blondeau (ci-dessus), 18 ans, tuée à bout portant, les yeux dans les yeux de son exécuteur, d’une balle dans
    la tête.
  • Louise Hublet, 20 ans, deux balles au front et une dans l’oreille.
  • Ernestine Diot, 17 ans, une balle dans l’oeil droit, une dans le cou, son corps contient cinq balles.
  • Félicie Tonnelier, 16 ans, une balle dans l’oeil gauche, trois autres dans la tête.
  • Kléber Giloteaux, 19 ans, toirs balles dans la poitrine et deux autres dont à l’épaule.
  • Charles Leroy, 20 ans, trois balles.
  • Emile Ségaux, 30 ans, cinq balles.
  • Gustave Pestiaux, 14 ans, deux balles dans la tête et une à la poitrine.
  • Emile Cornaille, 11 ans, une balle dans le cœur.
  • Camille Latour, 46 ans, commotionné après avoir assisté à la fusillade, décèdera le lendemain.

Charles Leroy, Emile Ségaux, Gustave Pestiaux et Emile Cornaille ne participent pas à la manifestation et furent atteints par des balles qui ne leur étaient pas destinées.

Il seront inhumés le 4 mai.

13566327

 

En 1903, un monument sera élevé à la mémoire des fusillés dans le cimetière. La journée de 8 heures, soit 48 heures par semaine, a été accordée par la loi du 23 avril 1919. En 1937, l’Etat donne l’exemple en accordant un jour férié : les fonctionnaires n’auront plus à faire grève pour manifester le 1er mai. En 1941, malgré l’occupation d’une moitié de la France par les nazis et la répression organisée par le régime de Vichy dans l’autre, le 1er mai fait toujours peur. Pétain en fait alors la « Fête Nationale du Travail » et choisit ce jour pour exposer les principes de la charte du travail qu’il entend imposer comme cadre des relations sociales. La charte du travail n’a pas survécu à la
Libération, mais le 1er mai est resté un jour férié…


Article écrit par Alain Delfosse
D’après les soucres suivantes : Z Pierart :Recherches
historiques sur Maubeuge; André Pierrard et Jean-Louis Chappat : La fusillade de Fourmies ; Fidel Fortier : mémoires ; Archives Départementales du Nord ; Autres diverses sources.



Laisser un commentaire

Votre adresse de messagerie ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *